jonquilles

Les Amis,

En ce moment, il y a quelque chose qui m’angoisse. Ce n’est pas invivable, loin s’en faut, mais c’est assez cyclique, et régulièrement, je suis confrontée à un phénomène que j’appellerais « sentiment de stagnation ».

1ere partie :

En ce moment, ça arrive souvent quand j’entends et vois autours de moi les gens qui se marient, procréent, achètent, voire les trois ensemble dans un laps de temps tellement rapproché que j’en ai la tête qui tourne.

Pourquoi donc une telle réaction? me direz vous.

Et bien je pense que c’est à cause du fameux noyau mou, encore et toujours lui ! Comme le propre du noyau (enfin du mien) est de ne pas trop trop vraiment maîtriser la direction de son navire, la confrontation avec des gens qui « avancent dans une vraie direction » peut faire envie.

Non pas que je souhaite me marier, procréer, acheter (ouais bon acheter si, ok) tout de suite… non, non…là n’est pas la question. C’est surtout cette sensation, qu’autours de moi les gens « progressent » dans la mesure où, jour après jour, ils mettent en œuvre leur projet de vie. (Quel concept, je suis super fière de moi à la relecture).

Vous voyez ? Pour eux, la vie c’est telle ou telle chose, et ben pof, ils le font ! Bref, ils n’ont pas les deux pieds dans le même sabot quand il s’agit d’être heureux. Ils agissent.

Du coup, j’ai plutôt l’impression moi, j’être coincée à un stade, d’être en pleine « non-évolution ».

En réfléchissant à la manière de l’expliquer, je nous ai tous vus comme un champ de fleurs (de jonquilles même, allez savoir pourquoi). Grosso modo, on sait tous qu’on va fleurir au printemps. Mais pour certains, le printemps c’est début mars, pour d’autres on frise la fin juin.

Je vois toutes les jonquilles grandir, pousser, avoir de beaux pétales, et moi je suis encore un gros oignon. (Je ne suis plus si sûre que les jonquilles marchent avec des oignons, quelle nullasse de la nature, c’est dingue).

Mais après tout, finalement, si j’ai la certitude d’éclore un jour, y’a pas de presse, et pourquoi s’en tourmenter ?

Marcel_Proust_12eme partie :

Parce que j’ai lu dans Proust ce mois-ci un truc qui m’a littéralement scotchée tellement Proust avait tout compris. Bon, alors oui, je lis Proust, doucement, mais sûrement, depuis quelques années (en discontinu, je précise, il faut un peu mûrir tout ça, en tout cas je ne saurai que trop vous le recommander, c’est une mine d’or).

Et donc, il y a quelques jours, je tombe PILE sur le passage qui fait écho en moi, PILE le passage « Marcel a bien failli finir mou du noyau ».

Je vous l’écris, ce sera quand même plus clair que si je vous l’explique :

Jusque là, il pense que : « …chaque jour je me considérais comme sur le seuil de ma vie encore intacte et qui ne débuterait que le lendemain matin »

Mais ce jour-là il découvre avec effroi que : «… mon existence était déjà commencée et ce qui en allait suivre ne serait pas très différent de ce qui avait précédé. »

Vous suivez ? En gros, pour les nuls de la littérature et les pros du jardinage: il se rend compte qui est déjà éclos, et depuis fort longtemps !!

J’ai la même angoisse : en fait, ma vie n’est pas à venir (celle où je réaliserai tous mes rêves, celle de « quand je serai grande… »), elle a en fait déjà commencé depuis belle lurette, et il ne s’est rien passé de spécial, et ne se passera rien de plus à moins d’un violent coup de guidon.

Bon, je me demande si entre les fleurs et Proust j’ai été très claire (notez comme le titre de ce post est subtil), mais la conclusion qui s’impose ce soir c’est que j’attends quelque chose, et qu’il faut qu’il se passe quelque chose.

Et que clairement ce quelque chose, c’est à moi de me l’offrir.

Mais alors comment… ? Là, je ne vois pas (encore).

Heureusement il me reste Proust.

Poulette